ARRI Vol. 20, No 4, 2006
Dommages cellulaires causés par l'exposition à des substances toxiques
Une nouvelle étude vient étayer de manière solide la théorie selon laquelle l'autisme pourrait résulter de la mort cellulaire de neurones ou à des lésions cellulaires post-natales dues à des agressions telles que l'exposition à des substances toxiques.
Janet Kern et Anne Jones indiquent que la perte de cellules de Purkinje dans le cervelet constitue l'une des découvertes majeures en matière de recherche sur l'autisme. Différentes études, ont-elles précisé, mettent en évidence une gliose (symptomatique de lésions neuronales), ainsi qu'une élévation de la protéine acide fibrillaire gliale GFAP (élevée dans les altérations cellulaires chroniques et aigues du système nerveux), l'une ou l'autre ou toutes deux associées à la perte de cellules de Purkinje. De telles constatations indiquent que chez certains enfants autistes, les anomalies des cellules Purkinje résultent d'attaques et non simplement d'anomalies du développement.
Les chercheuses considèrent que, du fait de leur physiologie, les cellules de Purkinje sont extrêmement vulnérables face à un grand nombre de substances toxiques et autres attaques environnementales. Parmi les substances réputées endommager ces cellules, il convient d'évoquer le mercure, le plomb, le cadmium, l'arsenic, et le bismuth.
L'augmentation du volume du cerveau, autre découverte constante chez les jeunes enfants autistes, pourrait également avoir une origine environnementale, en particulier celle de l'exposition aux métaux lourds. Une récente étude menée sur des rongeurs, ont noté les chercheuses, a montré que le plomb entraînait un gonflement du cerveau. "On a également constaté que le cervelet est particulièrement vulnérable face au plomb", précisent-elles, probablement du fait de sa maturation plus tardive que celle du cerveau. Une autre étude, menée par Mady Hornig et al. (voir l'ARRI 18/2), avait permis de constater que des souris génétiquement susceptibles de contracter des maladies auto-immunes, présentaient une augmentation de volume du cerveau ainsi que des symptômes de type autistique après leur exposition post-natale au mercure.
"Les études menées suggèrent que la présence de métaux toxiques dans le cerveau modifie la perméabilité, l'équilibre des fluides, les facteurs de croissance et les processus biochimiques", ont-elles indiqué, "ceci pouvant induire une augmentation du volume du cerveau".
Kern et Jones notent que l'exposition aux métaux toxiques peut limiter la formation de glutathion antioxydant (GSH) tout en accroissant notablement les besoins du corps en glutathion. Le glutathion protège contre les "espèces activées de l'oxygène" (ROS) instables, susceptibles d'attaquer les lipides des membranes cellulaires en formant des peroxides qui perturbent le fonctionnement cellulaire ("peroxidation lipidique") et provoquent des dommages cellulaires (stress oxydant). Les cellules de Purkinje, notent les chercheuses, sont particulièrement vulnérables face à ce type d'attaque. Cinq récentes études ont mis en évidence une peroxidation lipidique accrue éventuellement associée à un stress oxydant dans l'autisme, et l'une d'elles a démontré une corrélation entre la diminution des protéines antioxydantes et l'autisme régressif. Les recherches menées par Jill James (voir l'ARRI 18/4) indiquent également que les enfants autistes présentent des niveaux abaissés de glutathion actif et des concentrations accrues de glutathion oxydé (inactif) par rapport aux groupes de contrôle.
Outre son rôle antioxydant et détoxiquant, le glutathion est nécessaire au fonctionnement immunitaire normal et à l'équilibre du système gastro-intestinal. Les dysfonctionnements immunitaires et gastro-intestinaux sont courants dans l'autisme.
Kern et Jones citent de multiples études révélant que les enfants autistes sont vulnérables face aux métaux lourds, car ils parviennent moins bien à se détoxiquer que les autres enfants. Ils émettent l'hypothèse que l'autisme pourrait induire un cercle vicieux dans lequel les métaux lourds s'accumuleraient chez des enfants présentant une capacité de détoxication limitée, au point d'atteindre un "seuil critique" résultant en un stress oxydant et des lésions neurologiques. "Un tel phénomène entraînerait la perte de cellules et la disparition de compétences précédemment acquises", ont-ils indiqué. Certains enfants pourraient être plus vulnérables que d'autres du fait de leur âge au moment de l'exposition, de leur prédisposition génétique, de la consommation d'antibiotiques (dont les études sur les rongeurs suggèrent qu'ils peuvent réduire de 10% l'excrétion du mercure), ou de facteurs de stress biologiques tels que des maladies.
Et les chercheuses de conclure que certains enfants autistes sont plus particulièrement vulnérables aux attaques environnementales telles que l'exposition aux métaux lourds, et pourraient, "à la manière autrefois des canaris dans les mines de charbon, donner l'alerte face à des pratiques et des risques environnementaux à ce jour sous-estimés".
"Evidence of toxicity, oxidative stress, and neuronal insult in autism" (toxicité, stress oxydant et lésions neuronales dans l'autisme), Janet K. Kern et Anne M. Jones, Journal of Toxicology and Environmental Health, Partie B, Vol. 9, 2006, 485-99. Adresse : Janet K. Kern, Department of Psychiatry, University of Texas Southwestern Medical Center, Dallas, 6363 Forest Park Road, Suite 13.354, Dallas, TX 75390-9119, janet.kern@UTSouthwesten.edu.
Traduit par é.t.i.c
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