Autism Research Institute

Congrès du Defeat Autism Now!TM automne 2003
*** Portland, Oregon *** 3-5 octobre 2003

Exposition aux métaux lourds, étapes du développement, symptômes physiologiques chez les enfants atteints d'autisme

1, C.E. Holloway1, M. Margolis2, F. George3

1 Université d'état de l'Arizona, Tempe, Arizona
2 Association " My Dentist, Mesa ", Arizona
3 Holistic Osteopathic Medical Care (centre médical ostéopathique holistique), Cave Creek, Arizona

Objectifs : étude des sources possibles d'exposition au mercure et autres métaux lourds d'enfants atteints d'autisme et d'enfants non autistes afin d'identifier les facteurs de risque possibles. Analyse des symptômes physiologiques et des étapes de développement d'enfants atteints d'autisme par rapport à un groupe de contrôle.

Sujets de l'étude : 53 enfants atteints de troubles du spectre autistique et 48 enfants non autistes. Le groupe d'enfants présentant des troubles autistiques se composait de 49 enfants autistes, de 2 enfants atteints de TED/NS, et de 2 enfants atteints d'un syndrome d'Asperger. Les filles étaient au nombre de 12 dans le premier groupe et de 11 dans le second, soit 23% pour chaque groupe. Le groupe d'enfants atteints de troubles autistiques comprenait deux paires de jumeaux, le groupe de contrôle deux jumeaux ainsi qu'un frère et une soeur. Les enfants étaient âgés de 3 à 15 ans, soit une moyenne de 7,1 et 7,5 ans respectivement, avec un écart-type de 3 ans pour chacun. Les deux groupes étaient donc globalement homogènes en termes de sexe et d'âge. On disposait pour l'étude d'échantillons de cheveux de certains enfants et de leur mère. Les résultats d'analyse de ces cheveux sont présentés dans un autre article.

Méthodologie : nous avons élaboré pour cette étude un questionnaire portant sur l'exposition aux métaux lourds et le développement des enfants (voir l'annexe 1). Ce questionnaire comporte quatre parties : exposition prénatale, exposition infantile, symptômes physiologiques et étapes du développement. Nous avons également élaboré un questionnaire portant sur la santé des mères. Tous les enfants et leur mère ont été par ailleurs examinés par un dentiste certifié.

Résultats du questionnaire portant sur l'exposition aux métaux lourds et le développement des enfants

Exposition prénatale :

Les deux groupes de mères ne présentaient aucune différence notable (p<0,05) pour la plupart des facteurs de risque étudiés : vaccinations pendant la grossesse, exposition à des peintures, consommation active ou passive de tabac, usage de solutions de nettoyage pour lentilles de contact contenant du thimésoral, port de tatouages ou emploi de pesticides au domicile. Elles avaient consommé des quantités comparables de vitamines et autres compléments alimentaires susceptibles de limiter l'absorption de métaux lourds. A la naissance, les mères d'enfants atteints de troubles autistiques étaient âgées en moyenne de 32 ans, contre 30,1 ans pour les mères de l'autre groupe. Bien que non significative sur le plan statistique, cette différence pourra toutefois susciter des études ultérieures.

Les mères d'enfants autistes étaient légèrement moins nombreuses que les mères de l'autre groupe à avoir reçu des injections d'immunoglobulines. Ces statistiques diffèrent de celles de l'étude d'Amy Holmes et al.3, qui faisait état d'une forte utilisation du Rhogam chez les mères d'enfants atteints de troubles autistiques.

Pour ce qui est de la consommation de poissons et de fruits de mer pendant la grossesse, l'étude a révélé que 58% des mères d'enfants atteints d'un syndrome autistiques disaient en avoir consommé plus de deux fois par mois, contre seulement 33% des mères d'enfants non autistes. Ces résultats concordent avec les 57% de mercure supplémentaires trouvés dans les cheveux de certains des enfants autistes par rapport à ceux du groupe de contrôle. Bien que cette différence non confirmée par d'autres tests ne soit pas significative d'un point de vue statistique, un modèle de régression logistique donnait un risque relatif de 2,7, avec un intervalle de confiance de 1,1-6,2, p=0,02. Ce risque relatif est probablement dû au taux de mercure contenu dans le poisson.

Exposition infantile :

La durée d'allaitement maternel avait été sensiblement identique pour les deux groupes. Les enfants des deux groupes avaient consommé des quantités comparables de poisson. Les enfants autistes étaient légèrement plus susceptibles d'avoir ingéré ou léché de la peinture (en grande quantité pour 3 cas, en quantité modérée pour 1 cas, en légère quantité pour 2 cas, contre 1 cas en quantité modérée dans le groupe de contrôle), soit une différence légèrement significative d'un point de vue statistique (p=0,05). Pica : nombre des enfants atteints d'un syndrome autistique (16 sur 53, soit 30%), présentaient aux dires de leurs parents un comportement de pica (ingestion de substances non comestibles) de modéré à soutenu, contre un seul cas de pica, modéré, dans l'autre groupe. Ce résultat extrêmement significatif d'un point de vue statistique (p=0,00002) pouvait avoir entraîné une plus forte absorption de métaux toxiques, ce que sont d'ailleurs venus confirmer les taux décelés dans les cheveux de ces enfants.

Vaccins : les mères d'enfants autistes ont fait état d'effets secondaires sensiblement plus nombreux et plus marqués que celles du groupe de contrôle (29% contre seulement 6% pour les enfants du groupe de contrôle), soit une différence significative (p=0,001). Pour être pris en compte dans le cadre de cette étude, les effets secondaires devaient avoir été constatés dans les jours suivant la vaccination, et donc présenter un lien temporel étroit. Avec de telles données, d'autres études portant sur les effets secondaires des vaccins chez les enfants autistes vont être certainement menées.

Symptômes physiologiques

Problèmes gastro-intestinaux : 33 des 53 enfants atteints de troubles autistiques (soit 62 %) présentaient des problèmes gastro-intestinaux légers à graves (diarrhées ou constipation, voire les deux) contre un seul enfant du groupe de contrôle (soit 2%). Ce résultat est extrêmement significatif (p<10-13).

Troubles du sommeil : de même, 32 des 53 enfants autistes (60%) souffraient de troubles modérés à graves du sommeil (qu'il s'agisse de difficultés d'endormissement ou de réveils nocturnes, voire des deux), contre seulement un du groupe de contrôle (soit 2%) dont la mère signalait de légers troubles du sommeil. Ce résultat est extrêmement significatif (p<10-11).

Il faut également noter l'étroite corrélation existant entre les problèmes de sommeil et les problèmes gastro-intestinaux (coefficient de corrélation = 0,31). Dans une étude pilote récemment menée pour un complément à base de vitamines et de minéraux, nous avions constaté un allègement notable des problèmes gastro-intestinaux et des troubles du sommeil. Il est donc possible que certains troubles du sommeil puissent être imputés à des problèmes gastro-intestinaux, et que le traitement de ces derniers puisse améliorer le sommeil.

Faible tonus musculaire : 16 des enfants atteints d'un syndrome autistique (soit 30%) présentaient un déficit léger à grave en tonus musculaire, contre seulement un (2%) pour le groupe de contrôle. Avec p=0,000000002, il s'agit là d'un résultat extrêmement significatif.

Salivation excessive/sialisme : les mères faisaient état de problèmes de salivation/sialisme sévères (3), modérés (5) ou légers (9) pour le groupe d'enfants autistes, contre 2 cas légers pour le groupe de contrôle. La différence était donc très significative avec p=0,0003. Le problème était en partie associé à des problèmes de faible tonus musculaire (coefficient de corrélation = 0,47), ce que confirmaient d'ailleurs les dires des parents.

Otites : les enfants atteints de troubles autistiques avaient eu en moyenne 10,9 otites pendant les trois premières années de leur vie, contre 4,3 pour les enfants non autistes, avec des valeurs médianes de 10 et 2,5 respectivement. Ces résultats (p=0,00006) sont extrêmement significatifs. Selon les parents, ces otites ont été, à de très rares exceptions, traitées par des antibiotiques par voie orale, parfois pendant des mois d'affilée. Ce recours intensif aux antibiotiques a vraisemblablement deux effets secondaires majeurs : 1) la destruction quasi-totale de la flore intestinale saine, éventuellement au profit d'une prolifération de levures et de bactéries pathogènes ; 2) l'inhibition de l'excrétion du mercure, hypothèse fondée sur une étude sur les rats qui a démontré que les antibiotiques par voie orale multipliaient par 10 voire plus la demi-vie du mercure avant son excrétion.

Régression et étapes du développement

62% des enfants atteints d'un syndrome autistique ont, aux dires de leur mère, connu une période de développement normal suivi d'une régression majeure entre 12 et 30 mois (18 mois en moyenne, avec un écart-type de 4 mois). Deux autres enfants ont par ailleurs vraisemblablement connu des symptômes de régression, tandis que les 34% restants semblaient présenter des retards dès la naissance. Il semblerait que les enfants ayant connu une phase de régression aient préalablement atteint les phases de développement initiales (position assise, déplacement à quatre pattes, marche et langage) pratiquement au même âge que les enfants non autistes. En revanche, les enfants atteints d'autisme non régressif présentaient un retard moyen de deux mois pour la position assise et le déplacement à quatre pattes, de quatre mois pour la marche et de 17 mois pour l'acquisition du langage (par ailleurs, quatre enfants de 5 à 6 ans ne parlaient toujours pas). Tous ces retards sont significatifs d'un point de vue statistique, et la plupart le sont au plus haut point.

Santé des mères :

La mère étant la principale source d'alimentation et d'exposition à l'environnement, tant pendant la gestation qu'à travers l'allaitement, la santé des mères a été étudiée. Les mères d'enfants atteints d'un syndrome autistique présentaient une plus grande incidence de certains symptômes physiologiques (fatigue chronique, arthrite, douleurs musculaires et articulaires, asthme, vision nocturne, perte de cheveux) et mentaux (anxiété, dépression, pertes de mémoire, insomnie), certains de ces symptômes pouvant être liés aux difficultés inhérentes à l'état de leur enfant. Toutefois, aucun de ces symptômes pris séparément n'était assez marqué pour en conclure des différences significatives entre les deux groupes.

II. Considérations sur la dentition

Les mères d'enfants atteints d'un syndrome autistique présentaient légèrement plus de surfaces d'amalgame au mercure (10,0 contre 8,3), sans que cela représente toutefois des différences significatives d'un point de vue statistique. En revanche, ces mères avaient reçu plus de soins dentaires (pose ou retrait d'un amalgame au mercure) pendant leur grossesse (5 poses et 2 retraits, contre 1 pose et 0 retrait pour le groupe de contrôle, soit p=0,08). Nous estimons que la pose d'un amalgame au mercure pendant la grossesse peut constituer un risque majeur d'exposition au mercure, car nos recherches les plus récentes ont démontré qu'un nouvel almagame dégage 500 fois plus de mercure qu'un ancien.

Synthèse :

De nombreux facteurs d'exposition aux métaux lourds ont été étudiés. Ceux qui sont apparus les plus significatifs d'un point de vue statistique étaient les suivants :

  1. Poisson et fruits de mer : la consommation de poisson et de fruits de mer plus de deux fois par mois pendant la grossesse (57% pour les mères d'enfants atteints de troubles autistiques contre 33% pour les mères du groupe de contrôle) constitue un facteur de risque.
  2. Antibiotiques par voie orale : atteints d'otites à répétition, les enfants autistes avaient pris beaucoup plus d'antibiotiques que ceux du groupe de contrôle. Cet aspect est significatif pour deux raisons : 1) les antibiotiques par voie orale détruisent la flore intestinale saine au profit de bactéries et levures pathogènes ; 2) ils ralentissent considérablement l'excrétion du mercure qui se trouve ainsi stocké à des niveaux plus élevés.
  3. Vaccins : les réactions aux vaccins avaient été plus fréquentes et plus marquées chez les enfants atteints de syndrome autistique. Elles pourraient s'expliquer par la présence de thimésoral dans les vaccins.
  4. Pica : les cas de pica modéré à sévère étaient beaucoup plus fréquents chez les enfants autistes (30%) que chez les enfants du groupe de contrôle (2%). Si l'on prend une échelle de gravité de 0 à 3, la différence était très significative (0,9 contre 0,04, soit p=0,00001). Cette ingestion de substances non comestibles telles que sable, saleté, papier et autres objets avait vraisemblablement entraîné une exposition plus forte aux métaux lourds.
  5. Amalgames dentaires : les mères d'enfants atteints de troubles autistiques avaient reçu plus de soins dentaires (pose ou retrait d'amalgames) pendant leur grossesse que les mères du groupe de contrôle (7 cas contre 1, soit p=0,08). Ces résultats sont pertinents aux vues de notre récente étude démontrant que les amalgames libèrent beaucoup plus de mercure lors de leur pose.

Certains symptômes physiologiques très courants sont très significatifs d'un point de vue statistique :

  1. Troubles gastro-intestinaux : 62% des enfants autistes présentaient des problèmes de constipation, de diarrhée, voire des deux, de modérés à graves, contre seulement 2% des enfants non autistes. Cette différence était très significative : 1,9 contre 0,1, p=1 x 10-12. Les troubles peuvent être en partie dus à la prise intensive d'antibiotiques par voie orale, susceptibles d'altérer la flore intestinale qui joue un rôle essentiel dans le transit intestinal
  2. .
  3. Troubles du sommeil : 60% des enfants atteints d'autisme présentaient des troubles du sommeil qualifiés de modérés à graves, contre seulement 2% des enfants non autistes. Sur la base d'une échelle de gravité de 0 à 3, les différences étaient tout à fait significatives d'un point de vue statistique : 1,8 contre 0,2, p=1x10-13).
  4. Le coefficient de corrélation entre les troubles du sommeil et les troubles gastro-intestinaux était modéré (0,31).
  5. Tonus musculaire : 30% des enfants autistes présentaient beaucoup plus de problèmes de tonus musculaire modérés à grave (1,0 contre 0,06, sur une échelle de 0 à 3, soit p=0,000000002).
  6. Salivation/sialisme : ces troubles sont beaucoup plus fréquents chez les enfants autistes (15%) que chez les enfants du groupe de contrôle (p=0,0003). Ils pouvaient être en partie imputés aux problèmes de tonus musculaire (coefficient de corrélation = 0,47).
  7. Otites : les enfants atteints de troubles autistiques avaient eu beaucoup plus d'otites que les enfants non autistes durant les trois premières années de leur vie (10,9 contre 4,3, p=0,00006). Ces otites ayant été en grande majorité traitées par antibiotiques par voie orale, les enfants atteints d'autisme avaient reçu des doses bien supérieures d'antibiotiques. L'autisme était dans 62% des cas de type régressif, survenu à un âge moyen de 18 mois. Les étapes de développement préliminaire (marche à quatre pattes, posture assise, marche et langage) avaient été franchies à l'âge normal. En revanche, les enfants autistes dès la naissance avaient présenté un retard de deux mois pour la marche à quatre pattes et la posture assise, de quatre mois pour la marche et de 17 mois pour l'acquisition du langage.

Remerciements :

Nos remerciements vont tout d'abord aux familles d'enfants autistes et à leurs amis qui ont bien voulu participer à cette étude, ainsi qu'aux sections Greater Phoenix et Pima County de l'ASA (Autism Society of America) pour leur soutien financier et leur concours lors du recrutement des participants. Nous remercions également l'université d'état de l'Arizona pour son soutien financier et le Professeur Xianchen Liu pour sa participation à l'analyse des données statistiques, ainsi que Amy Holmes, Mark Blaxill et Boyd Haley d'avoir bien voulu nous communiquer leurs résultats.

Traduit par é.t.i.c