Autism Research Institute

ARRI Vol. 19, No. 4, 2005

De l'utilisation clinique de la méthyle-B12 pour l'autisme

Le Dr McCandless est médecin psychiatre et neurologue. Membre du mouvement Defeat Autism Now!, elle est grand-mère d'une enfant autiste et auteur de l'ouvrage "Children with Starving Brains".

Les recherches intensives consacrées ces dernières années aux aspects biologiques et métaboliques de l'autisme, ont donné naissance à un traitement particulièrement prometteur, celui des injections de méthylcobalamine ou méthyle-B12. Les signes d'anomalies de la transméthylation chez les personnes atteintes d'autisme commençaient déjà à s'accumuler grâce aux travaux de chercheurs talentueux qui nous ont aidés à mieux appréhender les fondements scientifiques de nos observations cliniques lors de la mise en œuvre de traitements susceptibles d'aider ces enfants.

En mai 2002, mon ami et confrère du Defeat Autism Now!, le Dr James Neubrander, a fait la découverte "accidentelle" des effets profonds de la méthyle-B12 sur l'autisme. Après avoir expérimenté différents éléments de la famille des cobalamines, le Dr Neubrander a été en mesure d'identifier avec certitude la supériorité de la méthylcobalamine sur la cyanocobalamine et l'hydroxycobalamine, utilisées pour l'autisme jusqu'en 2002. Chaque cellule du corps exprimant le cycle folates/méthionine, des anomalies de la transméthylation peuvent perturber des réactions biochimiques cruciales en de nombreux endroits du métabolisme intermédiaire.

Lors du congrès du Defeat Autism Now! qui s'était tenu à l'automne 2003, nous avions entendu le Dr Jill James évoquer les anomalies de la transsulfuration et le stress oxydant qui en résulte dans les pathologies de l'autisme du fait de la diminution des niveaux de glutathion, antioxydant intracellulaire majeur essentiel pour la détoxication du corps. Ses études, axées sur un certain nombre de nutriments, ont mis en évidence une élévation très significative des niveaux de méthionine, cystéine, et glutathion plasmatiques au bout de seulement trois semaines.

Le Dr Paul Cutler, autre médecin du Defeat Autism Now! qui avait lui aussi écouté cette présentation de la méthyle-B12 par le Dr Neubrander, a entrepris d'introduire cette substance pour 8 des 20 enfants du groupe constitué par le Dr James. Pour ces 8 enfants, l'apport de nutriments a été poursuivi pendant trois à quatre mois avec en parallèle des injections de méthyle-B12. Les résultats cliniques de cet essai s'étant avérés positifs, ceci laisse penser que l'on a intérêt à renforcer les capacités de méthylation et le potentiel antioxydant chez les enfants atteints d'autisme. Les nutriments identifiés par le Dr James comme utiles pour soutenir la synthèse de la méthionine étaient le zinc, l'acide folinique, la bétaine (TMG) - dont l'on devait ultérieurement constater qu'elle participait d'une voie alternative et n'était utile que chez peu d'enfants - la méthyle-B12 et la choline.

Cette présentation tout à fait encourageante lors de ce congrès avait été suivie de celle du Dr Richard Deth, qui avait fait état de ses recherches sur les effets du thimoséral sur la synthèse de la méthionine en mettant l'accent sur le rôle extrêmement perturbateur que peut jouer cette neurotoxine dans la méthylation de nos enfants touchés par l'autisme. Nous trouvions alors chaque jour de nouveaux éléments d'information sur le rôle joué par des métaux qui se lient aux groupes sulfhydryls (SH) tels que le mercure, le plomb, l'arsenic et le cadmium, "déclencheurs" de multiples symptômes de l'autisme. Les études du Dr Deth nous ont permis de mieux comprendre comment le thimoséral altère l'activité de synthèse de la méthionine, au risque de perturber le développement de l'enfant par son effet neurotoxique sur la méthylation de l'ADN et l'expression des gènes. Ces études ont rendue extrêmement crédible la thèse des troubles de la méthylation et de l'intérêt de leur traitement chez les patients autistes.

Avant mon intervention aux congrès du Defeat Autism Now! du printemps 2005, j'avais demandé à trois des pharmacies les plus réputées le nombre d'enfants autistes pour lesquels elles préparaient des injections de méthyle-B12. Ce nombre s'élevait alors à quelque 4 500 enfants recevant deux à trois injections par semaine. La méthyle-B12 est aujourd'hui largement utilisée à travers les Etats-Unis ainsi que dans de nombreux autres pays.

La méthyle-B12 est considérée active et efficace chez 80 à 90 % des enfants autistes. Le Dr Neubrander a créé une Grille d'évaluation parentale très élaborée, qui aide les parents à évaluer si leur enfant répond à ce traitement. Ce document est disponible gratuitement sur son site (www.drneubrander.com) ainsi que sur celui de l'association Ariane (www.filariane.org). Il conseille aux parents de ne rien modifier dans l'alimentation et les compléments alimentaires de l'enfant lors de l'introduction de la méthyle-B12, et ce pendant une période de cinq semaines afin d'évaluer clairement l'efficacité du traitement. Il ajoute ensuite l'acide folinique ainsi que d'autres nutriments aux vues des bilans de l'enfant, car il considère, à l'instar des autres praticiens du Defeat Autism Now!, que ces enfants nécessitent différentes modalités de traitement. Bien que la Grille d'évaluation parentale recense un nombre très élevé de réactions positives possibles, les principaux effets de la méthyle-B12 sont les capacités d'exécution, la parole, le langage, les compétences relationnelles et le registre émotionnel. Toutefois, le Dr Neubrander estime que si les parents demeurent uniquement attentifs à ce type d'améliorations, ils risquent d'abandonner le traitement avant qu'il n'ait pu être optimisé pour leur enfant. Il considère pour sa part que si la méthyle-B12 est administrée aux doses, à la fréquence et sous une forme adaptées, jusqu'à 94 % des enfants peuvent en tirer profit.

Outre le mythe selon lequel la méthyle-B12 ne fonctionnerait que chez 30 à 40 % des enfants atteints d'un trouble du spectre autistique, le Dr Neubrander souhaiterait balayer un certain nombre d'idées reçues selon lesquelles :

  1. cette substance serait plus efficace chez le jeune enfant ;
  2. les formes orale, sublinguale, transdermale et intramusculaire seraient tout aussi efficaces que les injections sous-cutanées (une autre forme, celle du spray nasal, est très appréciée des parents réticents à l'égard des injections ; un certain nombre d'entre nous sommes en train d'effectuer des tests pour comparer les effets de ce mode d'administration avec ceux de la voie de sous-cutanée) ;
  3. la concentration en méthyle-B12 des injections n'importerait pas du moment que la dose totale est respectée (de nombreux tests ont permis d'établir un dosage, un volume et une fréquence optimales 25 mg/ml à raison de 64,5 mcg/kg tous les trois jours) ;
  4. l'on obtiendrait les mêmes effets en injectant la méthyle-B12 dans les tissus adipeux du bras, de l'abdomen ou de la cuisse que dans ceux de la fesse.

Abaisser les doses pour faire disparaître des effets secondaires est une erreur, car les enfants qui présentent le plus d'effets secondaires et pour lesquels le traitement demeure maintenu sont ceux qui récupèrent le mieux. Les effets secondaires ne sont pas pour autant à négliger. Les plus courants sont l'hyperactivité avec ou sans augmentation des stéréotypies, des changements des rythmes du sommeil, ainsi que la mise à la bouche d'objets (sans que l'on puisse parler de pica ou d'injection d'objet non alimentaire). Le Dr Neubrander convient que certains effets secondaires sont de nature à nécessiter l'arrêt du traitement, par exemple dans le cas des enfants les plus grands si ceux-ci deviennent incontrôlables ou potentiellement dangereux pour autrui, ou encore d'enfants perturbés au point de ne plus pouvoir fonctionner ou apprendre. Toutefois, il encourage les parents à poursuivre le traitement du moment que l'enfant est en mesure d'apprendre, de réaliser les tâches qui lui sont demandées, et d'être concentré dans des situations bien cadrées, même si son comportement est plus perturbé dès qu'il jouit d'un peu plus de liberté à la maison. Le fait de porter des objets à la bouche signifie que des nerfs périphériques jusque là inactivés se réveillent, ce qui constitue un effet "négatif positif" confirmant que la méthyle-B12 est à l'œuvre. En l'espace de deux à six mois, la majorité des effets secondaires diminue ou disparaît complètement, tandis que l'enfant continue de progresser.

Autres mises en garde : la pharmacie doit être en mesure de préparer et de garantir les dosages préconisés par le Dr Neubrander ; il ne faut pas pincer la fesse lors de l'injection ; l'angle d'injection doit être aussi aigu que possible afin de ne toucher aucun muscle* ; une coloration rose des urines signifie que le produit est injecté trop profondément. Si elles sont pratiquées correctement, les injections sont rarement douloureuses. L'emploi d'aiguilles adéquates (seringues à insuline BD 3/10 cc munies d'aiguilles de 8 mm, gabarit 31, référence #328438) et le respect de l'angle d'injection préconisé excluent tout risque de toucher le nerf sciatique, même chez le bébé.

Aucun test ne permet de savoir si le patient répondra ou non à la méthyle-B12. Les niveaux sanguins de B12 sont initialement élevés à normaux chez la plupart des enfants qui s'avèrent répondre au traitement. Même si les niveaux de B12 plasmatique sont élevés, il s'agit d'une forme oxydée qui ne peut être ni réduite ni recyclée. Les tests génomiques n'étant pas encore assez élaborés pour prédire de manière fiable la réponse au traitement, ils sont susceptibles de ne pas détecter une majorité d'enfants susceptibles de bien répondre d'un point de vue clinique et qui ont donc intérêt à être traités.

La seule manière de savoir si un enfant fait partie de la majorité des enfants autistes qui bénéficieront de la méthyle-B12 consiste à l'essayer. Il s'agit là de l'un des traitements biomédicaux les plus prometteurs du Defeat Autism Now!, en complément des régimes alimentaires, de l'apport de nutriments, du traitement de la flore intestinale, de la détoxication, et de l'amélioration du système immunitaire, approches qui permettent aujourd'hui à un nombre toujours croissant d'enfants de progresser, voire de guérir.
N. d. T. : dans son document "La méthyle-B12 : mythe, merveille ou miracle", également disponible sur les sites www.drneubrander.com et www.filariane.org, le Dr Neubrander précise que les risques de toucher un muscle sont nuls du fait de la taille des aiguilles, mais qu'il importe de respecter un angle d'injection aussi aigu que possible afin d'obtenir une diffusion lente du produit à travers les tissus adipeux.

Traduit par é.t.i.c