ARRI Volume 22, No 1
Remise en question d'une étude réfutant le lien ROR-entérocolite dans l'autisme
Une nouvelle étude concluant à l'absence de lien entre vaccin de la rougeole et autisme critiquée par des chercheurs estimant qu'elle est sérieusement biaisée.
Dans cette nouvelle étude, Gillian Baird et al. ont analysé les prélèvements sanguins de 98 enfants présentant un trouble du spectre autistique, 52 enfants souffrant d'un retard de développement sans rapport avec l'autisme, ainsi que 90 enfants au développement normal. Ils n'ont détecté aucune différence en termes de présence du virus de la rougeole ou de titrage d'anticorps entre les enfants du groupe témoin et ceux atteints d'un TED, que celui-ci soit précoce ou apparu après un développement normal. Aucune différence n'a par ailleurs été constatée entre les enfants ayant reçu une dose de ROR et ceux qui avaient reçu un rappel.
Les chercheurs signalent également qu'un seul enfant du groupe témoin montrait des signes d'entérocolite (inflammation intestinale). De précédentes recherches menées par Andrew Wakefield et al. (voir l'ARRI 12/1) avaient fortement incriminé le rôle du vaccin contre la rougeole comme facteur d'une forme particulière d'entérocolite chez un sous-groupe d'enfants atteints d'autisme régressif.
Wakefield et al. ont vivement critiqué cette nouvelle étude, en arguant qu'elle est gravement biaisée par les critères d'inclusion dans le groupe présentant une suspicion de "possible entérocolite". Pour être inclus dans ce groupe, ont indiqué Wakefield et al., les enfants devaient présenter au moment de l'étude au moins deux des cinq symptômes gastro-intestinaux suivants :
- une diarrhée chronique (selles liquides ou non formées trois à quatre fois par jour depuis au moins deux semaines)
- des vomissements persistants (au moins une fois par jour ou plus de cinq fois par semaine)
- une perte de poids au moment de l'étude
- des douleurs abdominales chroniques, suffisamment intenses pour perturber la vie de l'enfant
- la présence de sang dans les selles
- des diarrhées persistantes de plus de 14 jours excluant une constipation au moment de l'étude.
"Au cours des dix dernières années", rappellent Wakefield et al., nous avons examiné plusieurs milliers d'enfants présentant un trouble du spectre autistique associé à des symptômes gastro-intestinaux notables. Les endoscopies supérieures et inférieures ainsi que l'histologie chirurgicale ont identifié une inflammation de la muqueuse chez plus de 80 % de ces enfants. Presque aucun de ces enfants dont l'entérocolite a été confirmée par biopsie n'aurait répondu aux critères ci-dessus. Tout d'abord, il est rare que ces enfants vomissent, perdent du poids (par opposition à ne pas en prendre suffisamment), ou que leurs selles contiennent du sang. Les critères d'inclusion sont donc nécessairement deux des deux seuls symptômes pertinents, à savoir diarrhées persistantes et douleurs abdominales associées à un historique de diarrhées persistantes excluant toute constipation au moment de l'étude.
"Le critère de permanence des symptômes pendant au moins deux semaines témoigne d'une méconnaissance singulière du caractère épisodique, fluctuant et alternatif des symptômes de ces enfants (tels que diarrhées suivies de constipation)", ont indiqué Wakefield et al. "L'expérience nous montre que les enfants présentant un TED et une entérocolite histologique ont classiquement une à deux selles mal formées par jour, très malodorantes et contenant généralement différents aliments non digérés. Ce schéma alterne avec celui de la constipation, durant lequel des selles non formées sont évacuées après plusieurs jours de constipation et moyennant des efforts soutenus. Ce profil est entièrement nié par les critères arbitraires de l'étude". En outre, notent les chercheurs, les douleurs abdominales peuvent se traduire chez les sujets autistes par de l'automutilation, de l'agressivité, une perturbation du sommeil, ainsi que d'autres problèmes de comportement que cette étude n'a vraisemblablement pas identifiés.
"Rien ne montre, dans la publication de Baird et al., que ces questions de fond, essentielles, ont bien été prises en compte. Les critères non pertinents de l'étude expliquent à eux seuls la discordance des conclusions par rapport et ceux d'autres études qui ont démontré la grande prévalence de symptômes gastro-intestinaux significatifs au sein des populations présentant un TED".
Et Wakefield et al. de conclure : "Nous invitons les auteurs à réfléchir aux implications éthiques d'une telle étude qui, en plaçant la barre trop haut pour permettre une réelle identification des enfants nécessitant une iléo-colonoscopie, est de nature à priver de traitement des enfants souffrant d'une inflammation symptomatique et traitable".
En outre, soulignent-t-ils, "D'un point de vue plus général, cette étude n'apporte rien à la question des facteurs déclenchants. La définition même de l'étude est à elle seule de nature à occulter le groupe concerné d'enfants autistes. Cette étude ne nous dit rien sur ce qui est arrivé aux enfants. Nous sommes de plus en plus convaincus que des prélèvements sanguins réalisés des années après les événements déclencheurs nous apportent très peu d'informations sur ce qui est en réalité une encéphalopathie statique (non progressive) /.../ l'analyse des tissus de la muqueuse nous fournit en revanche une masse d'informations précieuses en permettant d'identifier, chez les enfants concernés, une inflammation parfois progressive.
"Measles vaccination and antibody response in autism spectrum disorders" (vaccination contre la rougeole et anticorps dans les troubles du spectre autistique), Gillian Baird, Andrew Pickles, Emily Simonoff, Tony Charman, Peter Sullivan, Susie Chandler, Tom Loucas, David Meldrum, Muhammed Afzal, Brenda Thomas, Li Jin et David Brown, Archives of Disease in Childhood, 5 février 2008. Adresse : Gillian.baird@gstt.nhs.uk.
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"Response to Baird G. et al. Measles vaccination and antibody response in autism spectrum disorders" (réponse à Baird G. et al., étude sur la vaccination contre la rougeole et les anticorps dans les troubles du spectre autistique), http://www.thoughtfulhouse.org/pr/020608.htm.
Traduit par é.t.i.c
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